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Eugène Le Roy


Eugène Le Roy (1836-1907)

L’auteur de Jacquou le croquant a connu des fortunes diverses, couronné de son vivant d’un succès public et critique, il est ensuite tombé dans l’oubli. Tout au long du siècle il sera récupéré par les courants de pensée les plus divers : les radico socialistes, le régime de Vichy, les communistes. En 1968 Jacquou le croquant est adapté en téléfilm et connaît un gros succès.
L’année 2007, qui marquera le centenaire de sa mort, est l’occasion de redécouvrir cet auteur emblématique du Périgord.

BIOGRAPHIE

Eugène Le Roy naît le 29 novembre 1836 au château d’Hautefort, d’un père breton et d’une mère normande au service du baron et de la baronne de Damas.
A une époque où la majorité des enfants demeurent analphabètes il fréquente l’école rurale d'Hautefort puis l'École des Frères à Périgueux.
En 1851 il refuse le séminaire et se retrouve commis épicier à Paris où il fréquente des artisans socialistes. Engagé dans un régiment de Chasseurs à cheval, en 1854 il participe aux campagnes d'Algérie puis d'Italie. Cassé de son grade de brigadier pour indiscipline, il démissionne au bout de 5 ans.
En 1860 il est reçu au concours des Contributions directes et devient aide percepteur à Périgueux puis percepteur à Tocane de 1863 à 1868. Il est ensuite nommé à Domme.
En octobre 1870 après la débâcle du Second Empire, il s'engage dans les Francs-tireurs pour combattre l'envahisseur prussien pendant la guerre franco-allemande. Une fois la défaite française définitive, il est nommé percepteur à Jumilhac-le Grand où il rencontre sa future femme. En 1873 il est nommé percepteur à Montignac.
En 1877, il épouse civilement sa compagne, dont il a déjà un fils de trois ans, reconnu lors de sa naissance. Son non-conformisme entraîne sa révocation. Il obtiendra difficilement sa réintégration l'année suivante. Bientôt, il consacrera la majeure partie de ses loisirs à l'écriture, utilisant les matériaux emmagasinés pendant toute son existence.
De 1892 à 1901 il achève sa carrière de percepteur à Hautefort.
Il s’installe à Montignac pour sa retraite; devient parrain et créateur de l’emblème de la société félibréenne "Lou Bournat doù Périgord" lors de sa fondation fin 1901-début1902 ; il fait partie du premier conseil d’administration, mais démissionne en 1903 à la suite d’une manifestation religieuse ayant marqué la première félibrée.
En 1905, il refuse la légion d’honneur.
Eugène Le Roy achève sa vie le 6 mai 1907 à Montignac où il est inhumé civilement.


ENTRETIEN AVEC JOELLE CHEVET

Entretien avec Joëlle Chevé, historienne et spécialiste d’Eugène Le Roy*, qui s’attaque à la statue du ‘barde du Périgord’ et nous incite à le découvrir sous un autre jour.

Eugène Le Roy auteur de romans du terroir ?
Le succès de son premier roman, Le Moulin du Frau, roman rustique social, l’enferme d’emblée dans l’image de l’écrivain régionaliste. L’époque y lit l’exaltation esthétisée d’un monde rural en train de disparaître.
Toutefois, Eugène Le Roy n’écrit pas en occitan, comme Frédéric Mistral en provençal, et il ne se positionne pas seulement en défenseur de la culture périgourdine. Il souhaite « être lu au nord de la Loire » et si son œuvre se situe entièrement en territoire périgourdin, la région passe au second plan dans plusieurs textes. Ainsi Mademoiselle de La Ralphie, son roman le plus autobiographique, ou les Gens d’Auberoque, sont d’une veine très différente et d’une écriture plus classique.

Eugène Le Roy historien « folkloriste » du Périgord ?
Pour moi c’est avant tout un romancier. Il ne faut pas oublier qu’il n’est pas d’origine périgourdine : son écriture est très travaillée, il occitanise et romanise à la fois et forge une langue qui lui est propre. Il demeure le seul à avoir restituée la langue paysanne de façon convaincante.
Par ailleurs sa description des campagnes du Périgord très juste sur le plan ethnographique ne l’est pas sur le plan historique. Ses frustrations et ses déceptions personnelles le conduisent à un engagement politique, anticlérical, républicain et franc-maçon, qu’il théorise et exprime grâce à la littérature. Mais il est plus un écrivain des destinés individuelles que du peuple : Jacquou, figure emblématique de son œuvre, est un héros solitaire de même que Daniel Charbonnière dans L’Ennemi de la mort. Ce roman testamentaire est celui de la désillusion et de la solitude d’un homme qui ne croit plus aux institutions et qui termine sa vie au fond des bois face à sa tombe. Seule demeure la Science…

Eugène Le Roy pourfendeur de la noblesse ?
Le rapport qu’Eugène Le Roy a entretenu toute sa vie avec la noblesse est particulièrement intéressant. Ses parents étaient des domestiques introduits dans l’intimité de la plus haute noblesse, un monde qu’il observe qu’il envie et qui le fascine. Dans ses premiers écrits, il dresse la généalogie commentée des bâtards du premier marquis de Hautefort. La bâtardise est un thème constitutionnel de son œuvre, positif dans Mademoiselle de La Ralphie ou tragique dans Nicette et Milou. Oscillant entre le fantasme d’appartenance au milieu de la noblesse et la description de cette dernière comme une caste violente et prédatrice, Eugène Le Roy se révèle un écrivain plus complexe qu’il n’y paraît.


BIBLIOGRAPHIE

1890 : Le Moulin du Frau.
Traditions et Révolutions en Périgord pendant la seconde moitié du dix-neuvième siècle.
1896: Mademoiselle de la Ralphie.
Déchéance d’une fille de la noblesse dévorée par la passion pendant la Monarchie de Juillet.
1897 : Jacquou le Croquant
Révoltes d’un petit paysan contre les injustices sociales de son temps, depuis la Restauration jusqu’à la fin du dix-neuvième siècle.
1899 : Les gens d'Auberoque.
Bourgeoisie provinciale et affairisme sous le Second Empire et la Troisième République.
1900 : Nicette et Milou
L’enfance abandonnée : Restauration et Monarchie de Juillet
1902 : L'Année Rustique en Périgord.
Tableaux champêtres au long des mois du calendrier révolutionnaire.
1904 : Au pays des pierres.
Scènes de la vie campagnarde pendant les dix-huitième et dix-neuvième siècles.
1913 : L'Ennemi de la Mort (publication posthume)
Combat solitaire et vain d’un médecin de campagne contre les préjugés, les conformismes et les égoïsmes.



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